Sommeil
Procrastination du coucher par vengeance : pourquoi on scrolle au lit, et comment en sortir
Tu sais que tu devrais dormir. Tu es fatigué. Et pourtant tu repousses le moment d’éteindre, une vidéo après l’autre. Ce comportement a un nom, il est très répandu, et il se corrige mieux avec de la friction qu’avec de la volonté.
C’est quoi, la procrastination du coucher par vengeance ?
C’est le fait de retarder volontairement l’heure du coucher pour grappiller du temps à soi, au prix de son sommeil. L’expression vient du chinois 報復性熬夜 (bàofùxìng áoyè), « veiller tard par vengeance ». Elle s’est répandue en anglais en 2020 (revenge bedtime procrastination), notamment grâce à un tweet de la journaliste Daphne K. Lee.
Les chercheurs parlent plus sobrement de procrastination du coucher (bedtime procrastination). Le concept a été décrit en 2014 par une équipe de l’université d’Utrecht (Kroese et al., Frontiers in Psychology) : ne pas aller se coucher à l’heure prévue, alors qu’aucune circonstance extérieure ne l’en empêche. Dans leur échantillon, ce comportement était lié à une faible autorégulation et à un sommeil insuffisant.
Pourquoi on se « venge » la nuit
- La journée ne t’appartient pas. Travail, études, trajets, enfants : le soir est le seul moment où personne ne te demande rien. Le scroll devient ce temps « à toi ».
- La volonté est au plus bas le soir. Fatigué, on résiste moins bien à une envie. C’est exactement le moment où il faudrait décider de poser le téléphone.
- Les feeds n’ont pas de fin. Il n’y a jamais de « dernier épisode » sur TikTok, Instagram ou YouTube Shorts. C’est à toi de fixer la limite, au pire moment pour le faire.
- Le téléphone est déjà dans la main. Il sert de réveil, de lampe, de livre. Il est donc au lit avec toi.
Ce que disent les chiffres
- En France : selon l’enquête 2026 de l’INSV et de la Fondation VINCI Autoroutes (OpinionWay, 1 006 adultes de 18 à 65 ans, décembre 2025), 58 % des Français dorment avec leur smartphone allumé dans leur chambre, et près d’un tiers s’endorment avec un appareil électronique en fonctionnement. Ils dorment en moyenne 6 h 50 en semaine, 14 minutes de moins que l’année précédente.
- Sur 24 heures : le Baromètre 2024 de Santé publique France mesure 7 h 32 de sommeil en moyenne chez les 18-79 ans (siestes comprises), et 21,5 % de « courts dormeurs » (6 heures ou moins). Les deux enquêtes ne mesurent pas la même chose : ne compare pas directement leurs chiffres.
- En Belgique : une étude de la KU Leuven auprès de 844 adultes flamands (Exelmans et Van den Bulck, 2016) montre que six personnes sur dix emportent leur GSM dans la chambre. Utiliser son téléphone après avoir éteint la lumière y était associé à un sommeil de moins bonne qualité, à plus d’insomnie et à plus de fatigue.
- Chez les jeunes : un sondage américain Hopelab et Data for Progress (septembre 2026) indique que 88 % des 13-24 ans font du doomscrolling, et qu’environ la moitié perdent plus d’une heure de sommeil les soirs où ils le font.
Comment en sortir : 7 solutions qui marchent
- Prends ton temps « à toi » plus tôt. Si la vengeance vient d’une journée sans pause, bloque 30 minutes pour toi en début de soirée : un livre, une série, une balade. Le besoin ne disparaît pas ; il change de créneau.
- Fixe une heure de coucher, et un couvre-feu digital. L’INSV conseille d’éviter les écrans lumineux une heure avant de s’endormir et parle de « couvre-feu digital ». Choisis une heure et garde-la aussi le week-end.
- Fais dormir ton téléphone hors de la chambre. C’est la recommandation la plus simple et la plus efficace : l’INSV conseille, dans son enquête 2026, d’« éloigner le smartphone ». Recharge-le dans la cuisine et achète un réveil à 10 €.
- Coupe les notifications la nuit. Mode Ne pas déranger ou mode avion : ton téléphone ne doit plus pouvoir t’appeler.
- Remplace le scroll, ne le supprime pas. Un livre papier, un podcast avec minuteur, quelques étirements. Il te faut un « dernier truc » qui a une fin.
- Mise sur la friction, pas sur la volonté. Les petits obstacles marchent : dans une étude publiée dans PNAS en 2023, une simple pause de 10 secondes avant d’ouvrir une appli faisait renoncer les participants à 36 % de leurs tentatives. Plus l’obstacle est grand, plus l’envie a le temps de passer.
- Choisis un blocage qui résiste à « encore cinq minutes ». Les limites intégrées d’Android se désactivent en un tap (voir notre guide pour bloquer Instagram à certaines heures). C’est pour ça que nous avons créé Night Bandit : au coucher, tes applis se bloquent, et pour les rouvrir il faut te lever, marcher jusqu’à ta bouilloire et la scanner. La plupart du temps, tu n’en as pas envie, et c’est le but.
Quand en parler à un médecin ?
La procrastination du coucher est un comportement, pas un diagnostic. Mais si tu dors mal depuis des semaines, que tu te réveilles fatigué malgré des nuits assez longues, ou que tu as du mal à t’endormir même sans écran, parles-en à ton médecin. Ce guide ne remplace pas un avis médical.
Questions
Est-ce un trouble du sommeil ?
Non. C’est un comportement : on retarde le coucher alors qu’on pourrait dormir. L’insomnie, elle, empêche de dormir quand on essaie. Si tu as un doute, parles-en à un médecin.
Pourquoi parle-t-on de « vengeance » ?
Parce qu’on reprend la nuit le temps libre que la journée ne nous a pas laissé. L’expression vient du chinois 報復性熬夜, « veiller tard par vengeance ».
Est-ce lié au TDAH ?
Beaucoup de personnes avec un TDAH décrivent ce comportement, mais il touche tout le monde et n’est pas un symptôme en soi. Pour une question sur le TDAH, adresse-toi à un professionnel de santé.
Combien de temps sans écran avant de dormir ?
L’INSV recommande d’éviter les écrans lumineux une heure avant de s’endormir, et de couper les notifications la nuit.
Faut-il vraiment sortir le téléphone de la chambre ?
C’est la mesure la plus simple : pas de téléphone à portée de main, pas de scroll au lit. Utilise un réveil classique et recharge le téléphone dans une autre pièce.
Sources
Prix et fonctionnalités vérifiés le 25 septembre 2026. Ils changent : suis les liens pour la version à jour.
- Kroese et al., « Bedtime procrastination », Frontiers in Psychology, 2014
- INSV / Fondation VINCI Autoroutes, Journée du sommeil 2026 (PDF)
- INSV, Sommeil et nouvelles technologies
- Santé publique France, Baromètre 2024 : temps de sommeil et insomnie
- Exelmans et Van den Bulck, Social Science & Medicine, 2016
- Hopelab et Data for Progress, sondage de septembre 2026
- Grüning, Riedel et Lorenz-Spreen, PNAS, 2023
- Wikipédia, Procrastination du sommeil